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  • Photo du rédacteurGaelle Rauche

Je ne suis pas féministe

Dernière mise à jour : 19 août 2019

je suis femme. Famme. F'âme. Ce mot et ses variantes orthographiques, me suffisent pour définir mon engagement. Car, être une femme est un engagement au quotidien. Et à cela, ma pensée se rapproche de Simone de Beauvoir dans le deuxième sexe : on ne naît pas femme on le devient. Dans un long chemin semé d'embûches, d'entraves et de liens qu'il faut apprendre à dénouer en fonction notamment de la place à laquelle nous sommes nées.

Femmes. Dans une égalité de droits humains. Libres d'être ou de ne pas être et de choisir son chemin. Comme Wapondi, une soeur togolaise peut répondre à la question que je lui posais, être une femme est une question de choix. On peut choisir la liberté. Ou la soumission. Et je ne me permettrais pas de juger celles qui choisissent la soumission, à un ordre établi, à une place assignée par d'autres, qu'elle soit ou pas le reflet de son désir. Car, le désir est souvent difficile à envisager. Mais, il est toujours bon de dire aux femmes qu'elles sont libres. Pour paraphraser des aînées comme Toni Morrison, Maya Angelou ou bien d'autres. Il y a à l'intérieur de chacune de nous, une femme libre et nous avons l'engagement de la trouver, pour nous, et pour les autres femmes. Nos soeurs. Que nous les appelions ou non nos soeurs, en fonction de notre sensibilité et notre culture aussi sans doute. Je pense qu'aujourd'hui, plus que jamais, alors que le lien social se délite, les femmes ont besoin d'autres femmes pour être. Et partout, je vois fleurir des graines semées par quelques femmes qui forment parfois des bouquets. Un peu partout dans différents pays, je rencontre des femmes qui prennent le temps de se poser et se questionner pour faire changer les choses qu'elles ne veulent pas accepter. Je les appelle des femmes fortes, car il faut être forte pour être soi m'aime.

La plupart d'entre elles, se contentent d'être et de l'affirmer haut et fort. Cette affirmation à être est inspirante, à mon sens. Car elles ne disent pas aux autres femmes de se libérer de leurs chaînes, dans une injonction qui serait une autre forme de soumission. Elle disent simplement ce qu'elles sont, des femmes libres. En toute légitimité. C'est bien cette légitimité que certaines autres femmes veulent prendre coûte que coûte, parfois dans un combat acharné. Et elles ont sans doute raison. Je dis bien sans doute, car je ne me sens pas concernée par ce combat. Ma lutte est non armée. Le poing baissé. Etre en lutte, serait déjà se considérer en infériorité par rapport à un autre et lever le doigt pour demander le droit de parler.

J'ai longtemps mis des talons hauts, comme une arme. Pour revendiquer le droit de parler et d'être écoutée. Pour être à la hauteur de la représentation que j'avais moi même du fait d'être femme. Il m'arrive bien entendu de continuer à mettre des talons hauts, mais je peux aussi enlever mes chaussures. Je reste légitime. A ma juste place. Le regard de la société n'a bien entendu pas changé, de manière phénoménale. Mais mon regard à moi m'aime a changé. Sur moi m'aime.

Je dois bien avouer, avoir été misogyne. N'avoir pas compris le mouvement me too, et en avoir même souri. Alors que j'avais moi même été victime d'agressions verbales, physiques, de harcèlements et d'insultes. Je l'avais intériorisé. J'avais intériorisé de la culpabilité, et considéré que cela n'était pas en soi pas normal, mais pas grave. Dans une ville où il n'était pas grave de se faire insulter car on osait mettre une jupe, où on marchait les yeux baissés. Dans une famille où il était normal d'endurer quand on avait osé naître femme. Où il était inconcevable d'être sujet de son propre désir, et de l'assumer. Les choses auraient-elles été différentes si j'étais né garçon. Le fait de naître était-il mortifère en soi, ou simplement le fait de naître fille. Je ne le saurai jamais. Car ce genre de famille fonctionne de manière matriarcale, sans altérité. La misogynie n'est pas une question de genre. Et n'est pas non plus une question de pays.

C'est ce que je réponds à certaines femmes, parfois amies, dans des conversations à ce propos. Des femmes qui pensent que la France est privilégiée quant au regard de la société sur elles mêmes.

Vraiment.

Je ne le pense pas. Les réseaux sociaux regorgent de propos haineux envers les femmes. A chaque féminicide, un homme est au moins là pour rappeler que des hommes sont aussi battus. Bien entendu. Mais est-ce la question. Des enfants sont battus. Mais est-ce la question. Pourquoi toujours opposer les uns et les autres. Dans des contre-exemples. L'égalité n'est une pas question de bataille, enlever à l'un pour rendre à l'autre. Et en France aussi, tout est à repenser... à commencer par notre propre regard sur nous m'aime.

C'est ce que je réponds aux mêmes amies, qui me disent que ce n'est pas non plus facile pour les hommes, qui ne savent plus ce que veulent les femmes. Ou alors, que les femmes veulent tout et en veulent trop. Que voulons-nous chacun. N'est-ce pas le plus important. De se poser au moins la question. Je ne sais pas ce que veulent les autres femmes, même quand je les connais. Mais je sais ce que je veux, pour moi. Et pour mes soeurs. Qu'elles soient libres de choisir leur chemin. Peu importe que ce chemin me plaise, ou ne me plaise pas. Je ne suis ni le problème, ni la solution.

Nous pensons trop souvent que l'égalité est une question de rivalité. "Si les femmes occupent des fonctions d'homme, si les hommes font la vaisselle, alors ils vont se sentir diminués par rapport aux femmes". Mais est-ce vraiment la question. Est-ce vraiment à cet endroit que l'on situe l'égalité. Je pose la question, je repose la question aux jeunes filles qui me l'ont posée. Chacun est libre de sa réponse, et libre de faire ce qu'il souhaite. De manière individuelle. Chacun est libre de trouver le sens qu'il souhaite à son existence sur terre. Ce que je réponds. C'est qu'il y a aussi d'autres manières de faire et de penser. Il n'est pas question de prendre la place de quiconque. L'égalité n'est pas pour les femmes de prendre la place des hommes, mais bien d'occuper leur place propre et légitime. Celle qu'elles ont choisi. Celle qu'elles sont libres de choisir.

Et si elles ne le savent pas encore. Qu'elles sont libres et capables de choisir cette place, alors d'autres femmes sont là pour leur dire. Pour leur ouvrir le chemin. Pour leur tenir la main. Et pour leur permettre d'avancer. C'est possible. C'est possible car d'autres l'ont fait. Et cela ne veut pas dire que c'est facile. Mais c'est possible. Et vous avez toutes à l'intérieur le pouvoir de faire bouger les choses, ne serait-ce qu'un petit peu.

Voilà ce que je veux, pour le monde de demain. Que les femmes se lèvent et qu'elles portent la voix haut et fort, en se sentant légitimes de le faire.


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